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Liberté, Liberté individuelle, Liberté intérieure

« La liberté, c’est le droit de faire ce que les lois permettent » disait Montesquieu.
Dans une société de droit, cela se traduit par ne pas être enfermés, opprimés ou privés de nos droits et, par voie de conséquences, avoir les moyens et la jouissance de ces droits : liberté d’expression, liberté de circulation, liberté de pensée, liberté de réunion, liberté de manifestation…

Selon l’adage, « La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres ». Au sein d’un collectif règlementé, l’individu fait l’expérience de la liberté individuelle, en interdépendance avec la liberté individuelle des autres.
La liberté individuelle, selon la perception certainement la plus répandue en occident, est la possibilité de vivre et de choisir selon notre bon vouloir, selon nos aspirations. « Je fais ce que je veux ».  Mais « ce que je veux » dépend de plusieurs facteurs.
La première limite à notre liberté individuelle est le respect de la liberté d’autrui que chacun doit observer pour que l’harmonie du collectif ne soit pas en danger. Chaque pays établit des frontières / limites différentes, liées essentiellement à son histoire et sa culture. Et chaque être humain responsable est libre de les respecter ou non. L’expression de la liberté individuelle advient donc dans le respect de la loi ou hors la loi.
Mais ce qui m’intéresse principalement ici, c’est la deuxième limite à notre liberté individuelle, car c’est sur elle que nous avons les moyens d’agir en tant qu’être humain responsable et conscient : notre mode de fonctionnement intérieur.  Nous parlons alors de liberté intérieure.

La liberté intérieure ne dépend pas de lois extérieures, mais de lois intérieures que notre cerveau (approche scientifique), notre psyché (approche psychologique) et plus généralement notre esprit*  a intégré, édicté, accepté… Autrement dit, nous sommes, avant toute prise de conscience, soumis à nos émotions perturbatrices, nos croyances, notre culture, nos pensées errantes, nos impulsions… « Je » est à la fois le jouet et l’instigateur d’un jeu répétitif et enfermant : nous reproduisons encore et encore les mêmes rôles, les mêmes dialogues, les mêmes ressentis.
Certains dirons «C’est moi, je suis ainsi.» En ajoutant souvent qu’il est impossible de se changer. Dans cette perspective, il n’y a pas de liberté intérieure.
D’autres dirons « C’est ce qui m’agit, et je vais investiguer mon monde intérieur pour en devenir conscient et reprendre le lead.» On appelle cela se connaitre, devenir conscient ou encore responsable. Et dans cette prise de conscience de ce qui nous agit, il y a le choix : de suivre l’émotion, la pulsion, l’idée… ou de la confronter, de l’analyser, de la laisser partir, pour lâcher prise de nos tendances non bénéfiques. 

La liberté s’accompagne toujours du choix. Quand nous avons le choix de nos réactions et de nos décisions, nous pouvons influencer** à la fois notre devenir et celui de notre environnement. C’est le fait de l’interdépendance. Nous vivons interdépendants les uns des autres.

Christelle Hauteville-Chadorla 

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* Esprit : l’esprit est le réceptacle et l’animateur de toutes nos sensations (les 5 sens de la vue, l’ouie, l’odorat, le toucher, le goût + le sens mental / nos idées ), de nos émotions, de nos perceptions (comment nous nous représentons les choses) et de la conscience avec l’idée de soi notamment. (Version simplifiée suffisante ici)
** Influencer ne veut pas dire contrôler. 

A Lire : « A nous la liberté » – Mathieu Ricard, Alexandre Jollien et Christophe André.

Liberté individuelle et réussite de la contribution de chacun à l’oeuvre globale.

En occident, nous aimons nous fixer des objectifs, nous aimons trouver la bonne, même la meilleure manière d’y parvenir. Nous aimons classer en ce qui est bien, rationnel, sensé et ce qui est mal, irrationnel, insensé. Faire des choix tranchés, avoir des convictions qui s’opposent aux autres. Dans ma pratique professionnelle de l’organisation et de la conduite du changement, il était primordial de démontrer à la direction que les choses étaient sous contrôle, que les indicateurs étaient au vert, que les planifications étaient respectées et si elles ne l’étaient pas, que nous savions ce que nous allions faire pour recadrer tout cela. Cadrer, recadrer, encadrer… Donner un contour à tout, à chacun. Ce qu’il est bon de faire et de ne pas faire. La base d’un système opérant.
Et si justement l’omniprésence de cadrage était ce qui rendait nos organisations faillibles, insécures. Le besoin pernicieux de sécurité, de maîtrise, nous rend sensibles à la moindre incertitude. Tout grain de sable réveille notre sentiment d’insécurité, la peur de ne plus réussir, de ne plus être dans le cadre, de ne même plus voir ou comprendre le cadre dans lequel nous sommes sensés être. Le cadrage jusqu’à l’absurde, jusqu’à l’enfermement contraint.
A trop organiser, nous avons enfermé, limité, exclu. Nous avons robotisé nos employés, nos cadres, nos élites, qui ne savent plus diverger par peur de ne plus être conformes et de perdre leur travail, leur statut, leur sécurité pourtant tellement insécure.
Et c’est une organisatrice née qui vous dit cela. Mon esprit est ainsi fait que dès que j’envisage une action, une vision, un objectif… le chemin se dessine dans ma tête, un vrai diagramme est en place, un processus clair, étape par étape, avec les liens de dépendance, les jalons, les acteurs à faire intervenir, les ressources à solliciter, les compétences à acquérir, les contrôles à installer, les résultats à obtenir…
En cheminant professionnellement et personnellement, j’ai réalisé que ces qualités de stratège et de tacticienne, étaient aussi des limites. Ce qui n’était pas envisagé dans le processus devenait un obstacle, une perte de temps, un ralentissement, une incongruité. Alors que c’était la réalité et qu’il fallait l’accepter telle qu’elle est, sans jugement.
Cela a déjà été envisagé dans différents concepts d’organisation et des remèdes préconisés comme la loi de pareto, l’amélioration continue, le kaizen, la gestion par les talents.
Mais ce qu’il nous reste à faire, nous autres occidentaux obnibulés par la performance et sa mesure, c’est laisser les métiers du financier, du contrôle, du pricing, du marketing… poursuivre leurs mesures et donner aux managers et aux opérationnels des sorties de cadre incontrolées, voir artistiques. En terme philosophique, nous disons « Le chemin est le but ». Je chemine, le regard contemplant le point de mire donné par la direction et je reste concentré sur chaque pas, dans l’ici et maintenant, vivant pleinement le réel avec mon corps, mes sensations, mes perceptions, mes raisonnements, mes intuitions… et en interrelation avec l’équipe, la situation, le processus et le cadre.
Revenir à ce que je fais maintenant, pour inclure chaque geste, chaque choix, en toute simplicité, au cheminement. Ce n’est pas à moi de réussir l’objectif de l’entreprise, mon rôle personnel est de réussir ma contribution à cet objectif. Et pour cela, j’ai besoin que l’on me dise vers quoi tendre, quel est mon rôle et ce que je dois livrer, que l’on me donne les moyens de le faire et que l’on me paie respectueusement pour cela. Alors, moi, en temps qu’être humain individuellement responsable, je m’organise avec mes ressources internes, et les ressources externes pour délivrer du mieux que je peux. Et peut-être mieux que ce qui était attendu.  Car en temps que personne désireuse de liberté, de libre arbitre, de créativité, de participation active… en reprenant ma responsabilité individuelle sur ce que je mets de moi dans le processus de délivrance, en retrouvant ma liberté d’agir selon mon propre mode de fonctionnement dans un cadre donné et en respect des interactions et interrelations, je peux simplement être moi, donner vie de mes mains et de mon coeur, au service de l’ensemble. Et ça change tout.
Peut-être est-ce cela, en partie, le monde de demain pour nos entreprises et nos collectifs : liberté individuelle, liberté intérieure au service du collectif, au service d’une oeuvre à laquelle je crois, j’adhère, je décide de participer.

1ère étape ? Décontrôler, décadrer et voir ceux qui inventent, innovent, s’adaptent, s’éclatent, revivent…
2ème étape ? Attendre la fin de la 1ère étape pour adapter nos pas au chemin et apprendre à ne pas vouloir savoir avant, quand ce n’est pas nécessaire.

Christelle Hauteville-Chadorla
Consultante et philosophe

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