« Ceux qui ont grandi dans des pays chrétiens où l’on tient pour acquis que tous les êtres humains ont une âme, comprennent le mot « réincarnation » tout à fait différemment de la façon dont les bouddhistes le comprennent. Ce que les (judéo)chrétiens appellent « l’âme », les bouddhistes le nomme un « soi perçu réellement existant ». Nulle part le bouddhisme ne dit que le « soi perçu réellement existant » d’un papillon par exemple peut renaître dans le corps d’un cheval, ou encore que le « soi perçu réellement existant » d’un humain peut renaitre tel quel dans un nouveau corps humain. Comme l’a souligné le Bouddha, ce serait comme retirer une chanson de la bouche d’un professeur de chant et la mettre dans la bouche de son élève. Or cette chanson est une ré-interprétation, une continuité. Une image beaucoup plus précise, et celle que Bouddha lui-même a utilisée pour illustrer le fonctionnement de la réincarnation, est celle d’allumer une bougie à partir de la flamme d’une autre. »
Dzongsar Jamyang Khyentsé Rinpoché
Dans la compréhension bouddhiste, le soi n’a pas d’existence fixe et permanente. Nous ne le nions, nous voyons bien qu’il est là et que chaque être s’y réfère, y accorde de l’importance et qu’il est le centre de la vie de tout à chacun. Ce que nous voyons, c’est que le soi est temporaire, et qu’un autre soi s’élève d’instant en instant, à chaque renaissance, issu du soi précédent (jusqu’à ce que cette illusion cesse totalement, et c’est l’éveil). Ce n’est donc pas le même soi qui passe d’une vie à l’autre, mais les intentions semées tout au long des actes fais par ce soi (karmas). Le Soi n’est que l’illusion que quelque chose de fixe existe, une essence instigatrice mais rien n’est fixe, rien n’est permanent. Ce qui se réincarne, ce sont les intentions. Les intentions sont créatrices de devenir et génèrent le besoin de faire perdurer l’idée d’un soi et donc le besoin de reprendre vie. C’est donc sur les intentions que le travail karmique doit porter et non sur le soi.
Christelle Hauteville-Chadorla
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Dzongsar Jamyang Khyentse Rinpoché (en tibétain རྫོང་གསར་ འཇམ་དབྱངས་ མཁྱེན་བརྩེ་ རིན་པོ་ཆེ་), est un Maitre bouddhiste tibéto-bhoutanais. Né Khyentse Norbu en 1961 au Bhoutan, il est un lama, écrivain et réalisateur de films. À l’âge de sept ans, il a été reconnu comme la troisième incarnation (tulku) du fondateur de Khyentse, célèbre lignée du bouddhisme tibétain cherchant à promouvoir une approche non sectaire du bouddhisme. Centrant son enseignement sur les vertus bouddhiques de la sagesse et de la compassion, il cherche à transcender les limites culturelles et traditionnelles du bouddhisme.
Il est entre autre réalisateur et scénariste de « Voyageurs et Magiciens » sorti en 2003 et l’auteur de plusieurs livres dont le fameux « N’est pas bouddhiste qui veut ».