Faut-il crier plus fort que les autres pour nous sentir en position d’avoir raison ? La raison est-elle dépendante de l’écho que produit sa diffusion ? Ou bien existe-t-il encore dans ce monde une place pour la raison apaisée, qui ne croit pas en elle comme une vérité absolue, qui n’est pas autoritaire ni critique, mais sagesse et réflexion, tolérance et conscience. Une raison entrevue comme une possibilité que l’on choisit de suivre, et non comme une affirmation à crier et imposer à la face du monde.
Notre société devient une société du bruit, où il est important de parler fort, avec des mots percutants pour marquer rapidement les esprits. Il nous faut donner notre avis, notre position, notre point de vue pour exister, à fortiori si tout cela repose sur des émotions et des réactions, car la rapidité est gage de participation au bruit. Tout sauf demeurer dans le silence. Impossible d’être dans le bruit et de tenter de le manipuler si l’on se pose pour réfléchir. « Le temps de la réflexion » devient une pensée incongrue. Je ressens, je pense donc je sais et je suis.
Mais que savons-nous si ce n’est ce que l’on ressent. Et ce que l’on ressent est-ce la vérité ou notre pauvre petit ressenti, soumis à notre culture, nos connaissances, notre entendement, notre clarté d’esprit, notre sensibilité… Cela vaut-il la peine de le crier, de l’affirmer, ou cela mériterait-il de le chuchoter pour lui redonner de la force, de la profondeur et mieux encore, pourquoi ne pas le garder pour nous et demeurer avec.
Le monde a-t-il besoin de notre précipitation ou de notre patience ? Et nous, avons-nous besoin d’être entendu dans nos ressentis primaires ou dans nos réflexions profondes ? Et si nous prenions tous l’engagement envers nous-mêmes de passer tout ce que nous souhaitons dire dans les 3 tamis évoqués par Socrate, dont voici une petite retranscription (source : Médiapart).
« Un jour, quelqu’un vint voir Socrate et lui dit :
– Ecoute Socrate, il faut que je te raconte comment ton ami s’est conduit.
– Arrête ! Interrompit l’homme sage. As tu passé ce que tu as à me dire à travers les trois tamis ?
– Trois tamis ? dit l’autre, empli d’étonnement.
– Oui, mon bon ami : trois tamis. Examinons si ce que tu as à me dire peut passer par les trois tamis. Le premier est de celui de la Vérité. As tu contrôlé si ce que tu as à me dire est vrai ?
– Non; je l’ai entendu raconter, et …
– Bien, bien. Mais assurément, tu l’as fait passer vers le deuxième tamis. C’est celui de la Bonté. Ce que tu veux me dire, si ce n’est pas tout à fait vrai, est-ce au moins quelque chose de bon ?
Hésitant, l’autre répondit : non, ce n’est pas quelque chose de bon, au contraire …
– Hum, dit le Sage, essayons de nous servir du troisième tamis, et voyons s’il est utile de me raconter ce que tu as а me dire …
– Utile ? Pas précisément.
– Eh bien, dit Socrate en souriant, si ce que tu as à me dire n’est ni vrai, ni bon, ni utile, je préfère ne pas le savoir, et quant а toi, je te conseille de l’oublier …”

Christelle Hauteville-Chadorla
Formatrice & Thérapeute – Philosophe – Accompagnatrice du changement
www.harmoniecroissance.com