Comment appréhender les souffrances exprimées par des sentiments de ne pas être à la hauteur, d’injustice, d’être tout(e) petit(e) et de manque de reconnaissance en Karmathérapie et Libération émotionnelle ?

Dans la psychologie bouddhiste, souffrir de ces sentiments relève de l’émotion perturbatrice* de l’orgueil, ici dans sa forme de chérissement de soi. L’importance que je pense ou veux avoir, qu’elle soit consciente ou inconsciente, n’est pas la réalité de ma vie et j’en souffre. Ce que je suis n’est pas à la hauteur de ce que je voudrais être. 

Il faut bien comprendre que dans cette approche psychologique, nos émotions (kleishas – nyeumongs) ne sont que l’expression de notre karma. Le problème n’est donc jamais extérieur, il est toujours intérieur. D’ailleurs, bien souvent, les personnes ont déjà adopté moult stratégies pour s’élever, être reconnues, se montrer plus grandes. Mais cela n’a jamais apaisé leur mal être intérieur. Car le fond du problème est l’écart entre l’idée que j’ai de moi et la réalité ressentie.

En karmathérapie nous travaillerons sur l’image de notre propre grandeur. En quoi méritons-nous mieux, plus ? Nous observons comment les tendances karmiques sont en recherche d’expression de pouvoir, de puissance, de grandeur… Car pour créer le sentiment de ne pas être à la hauteur, il faut avoir en soi la notion de ma hauteur plus élevée. Car pour créer le sentiment d’injustice, il faut avoir en soi la croyance de mériter mieux ou plus. Car pour créer le sentiment d’être tout(e) petit(e), il avoir en soi l’image de notre grandeur. Car pour créer le sentiment de manque de reconnaissance, il faut avoir en soi l’idée d’être vu, d’être important, de compter. Tout cela n’est pas faux, ou mal, tout cela est souffrance. L’idée est donc d’observer notre propre idée de nous-même, toujours inconsciente et toujours cachée derrière des croyances mises en place pour rendre tout cela supportable, pour nous cacher à nous-même ces injonctions.  Bien souvent, et même toujours si l’accompagnement est réalisé avec sagesse, nous en rions quand nous les voyons, tellement elles sont disproportionnées, en décalage avec notre réalité présente. Ce ne sont que des mémoires de moments de grandeur, de moment de puissance… bien souvent à l’origine de négligences, d’actions erronées.

En regardant sous hypnose ces émotions et les recontextualisant (J’étais grand et ensuite j’ai chuté, d’où ma situation actuelle par exemple), nous prenons conscience que ce que nous cherchons au fond de nous ne nous apporterait pas ce que nous voulons aujourd’hui. Nous prenons conscience de nos illusions intérieures, comme des liens effectués entre grandeur, puissance et actions bienveillantes par exemple. En posant notre conscience à l’intérieur de ce trio, nous voyons que la grandeur a instrumentalisé les actions bienveillantes pour se grandir elle-même. En réalisant de telles compréhensions, nous lâchons l’idée de grandeur et nos sentiments de ne pas être à la hauteur, d’injustice, d’être tout(e) petit(e) et de manque de reconnaissance se dissolvent. Complètement ou partiellement, selon les maillages de croyances et d’illusions dont nous sommes constitués. Que se passe-t-il alors pour la personne ? Les actions bienveillantes qu’elle envisage ne sont plus soumises à son besoin de grandeur, de reconnaissance. Autrement dit, les intentions ont changé. La bienveillance, libérée de la puissance et de la grandeur, agit librement, par compassion et amour, deux qualités fondamentales de l’esprit. 

Voici une approche illustrée de la psychologie bouddhiste, et de l’émotion perturbatrice d’orgueil, de chérissement de soi, ou encore d’importance accordée à soi. Elle n’est pas représentative d’une globalité, mais pose un prisme pour mieux illustrer les postulats de cette approche et ses apports.

Christelle Hauteville-Chadorla
Formatrice & Thérapeute – Philosophe
www.harmoniecroissance.com

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*Kleisha en sanskrit, Nyeunmong en tibétain