Devenir ce que l’on veut être, incarner des qualités essentielles à nos yeux. Nous avons tous cette perspective. Et il n’est pas si facile d’être à l’image de cette perspective, quelle qu’elle soit.
Nous parlons de compassion et nous nous agaçons encore des lenteurs et faiblesses de nos proches. Nous parlons de paix et nous avons des mots durs quand l’autre ne fait pas comme nous pensons qu’il devrait. Nous parlons sagesse et nous avons du mal à comprendre les croyances différentes des nôtres. Nous parlons altruisme et nous agissons d’abord pour préserver nos acquis. Bref, nous sommes bien souvent en-deçà de ce que nous voudrions être.

Aux questions « Si vous étiez un personnage célèbre, lequel seriez-vous ? » ou « Quel personnage vous inspire le plus », nous voyons presque tous des héros ; héros de la paix comme Gandhi ou le Dalaï-lama, héros de la science comme Marie Curie ou Nicolas Tesla, héros de l’humanitaire comme Mère Thérèsa ou l’Abbé Pierre, héros pour les droits civils comme Nelson Mandela ou Rosa Park, super héros comme Superman ou Wonderwoman, héros du développement personnel comme Eckhart Tollé ou Oprah Winfrey et tant d’autres selon nos centres d’intérêts.

Mais n’est-ce pas simplement parce que cet idéal que nous pensons retrouver dans nos héros et figures d’identification n’est qu’un idéal fantasmé de soi, n’est qu’une illusion  ? Nous nous pensons, mais nous ne sommes pas. 

Nous pouvons pourtant voir les écarts entre ce que nous pensons pouvoir être dans ce monde et ce que nous pouvons concrètement faire. Nous pouvons voir l’écart entre le fantasme et la réalité. Le plus fantastique, quand nous voyons au-delà des voiles, au-delà des constructions mentales, c’est que ce qui est là n’est pas si mal du tout, même plutôt unique. Nous courrons après des chimères, des représentations allégoriques de soi, alors qu’il y a là, en soi, des trésors que nous n’exploitons pas, que nous minimisons parfois. Nous les méprisons même, faute de les connaitre pour ce qu’ils sont réellement.

Combien d’entre nous souffrent de sous-estimation de soi ? N’osent pas être ce qu’ils sont, car ils ne sont pas assez bien.

Je vais vous livrer un trésor maintenant, une sagesse profonde qui nous concerne tous. Sur-estimation et sous-estimation de soi relève de la même souffrance, de la même kleisha, l’orgueil. Comment cela est possible me demanderez-vous ? Simplement car tout est une question de représentation intérieure, entre l’idéal de soi et ce que nous pensons être réellement. Nous avons créé l’image d’un idéal inatteignable et nous nous jugeons bien en-deçà de cet idéal. Normal, c’est inatteignable ! Nous ne pouvons pas être à la hauteur de telles exigences inhumaines, et personne ne pourrait l’être. Mais qui est à l’origine à la fois de l’illusion de l’idéal et de l’illusion de l’imperfection ? L’esprit. Notre esprit.

Tout comme ces héros auxquels nous nous identifions, aucun n’est à la hauteur de l’image. Et même pour nos héros vivants, nous sommes souvent étonnés de constater combien ils peuvent être « ordinaires », avec leurs caractères parfois haut en couleurs, leurs colères célèbres, leurs doutes, leurs quotidiens comme le nôtre, et leurs recherches de simplicité qui nous paraîtrait étonnante, nous qui voyons en eux l’opposé de la simplicité : l’extra-ordinaire.

Ce n’est pas qui ils sont qui est extra-ordinaire, mais ce qui a été fait. L’action prime sur l’acteur.
Alors sortons du fantasme et orientons notre regard sur ce qui est là, dans la réalité, dans notre réalité, et partons de là. Partons de ce qui nous agit et faisons de ce package de qualités et de faiblesses, de rêves et de peurs, d’altruisme et d’égoïsme… notre tremplin pour nous lancer vers demain.

Demain commence avec ce qui est là aujourd’hui. Et vous serez étonnés de découvrir bien plus que ce que vos illusions ne vous laissaient entrevoir.

Belle journée, en contact avec ce qui est en vous, réel, disponible, qui ne demande qu’à agir.

 

Christelle Hauteville-Chadorla