Il m’arrive parfois de sentir chez certaines personnes qu’elles cherchent en moi quelque chose d’extraordinaire, une perfection, l’image de la sagesse et de la paix, la confirmation que leur fantasme d’idéal peut exister.
Et pourtant, pour ma part, je ne cesse d’écrire et d’enseigner sur les émotions perturbatrices, je n’ai de cesse de prendre mon propre exemple pour illustrer le processus de libération : de quoi se libérer, comment et quels résultats obtenir. A aucun moment je ne parle ou écris sur un être idéal, au-delà des contingences du karma et des émotions perturbatrices. Cela existe, mais pas dans mes propos.
Alors pourquoi est-ce si étonnant à leurs yeux que je ne sois pas à l’écoute de tout le monde en permanence. Certains me font comprendre à demi-mots que ma force, mon esprit vif, sont incompatibles avec l’idée qu’ils se font de la méditation ou de la sagesse. D’autres pensent que toutes les paroles qui doivent sortir de ma bouche devraient être un enseignement, même à la caisse du supermarché ou en randonnée. D’autres encore, voudraient que je change de nom pour n’utiliser que mon nom tibétain de Karma Trinley Drolma.
Mais dois-je correspondre à ce que les gens ont comme représentation ou dois-je être authentique ? Et vous, devez vous correspondre à une norme ou être simplement ce que vous êtes. Je n’ai jamais été très bonne dans le travail sur mon image. Parce que ce n’est pas mon image qui m’intéresse, cela ne l’a jamais été. Que les autres doivent avoir une image positive de moi n’est pas ma priorité. Même si leur opinion me touche, elle n’est pas mon moteur. Ce qui me motive c’est de me libérer de mes émotions perturbatrices et de transmettre comment le faire.
Alors cela ne m’intéresse pas de me construire une image de sage, ce qui m’intéresse c’est de me rapprocher de la sagesse la plus libre, la plus simple, la plus déconstruite et authentique qui soit.
Je sais aussi qu’il y a des temps de ma vie, quand je suis en vacances, en course, en écriture… où je suis pleinement concentrée sur ce que je fais et que cela me coupe des autres, plus ou moins. Et cela est normal. Je ne peux pas ne pas m’occuper de ma vie et de mes affaires. Et dans ces moments là, je ne fais pas semblant. Je suis pleinement à mes affaires.
Cela ne m’intéresse pas non plus de faire semblant d’être douce et zen. Je suis forte, je suis issue de cette énergie vive, claire, instinctive, qui peut voir plusieurs aspects de la même chose en même temps et prendre des décisions, des orientations quasi instantanément. Pourquoi devrais-je devenir autrement ? Parce que la société valorise la lenteur et confond vivacité avec précipitation, force avec agression, compréhension multidimensionnelle avec complication. La société, quelle que soit l’époque, met en avant des traits de caractères plus acceptables que d’autres. Je n’ai jamais adhéré à cela. Je crois au contraire que la diversité est la richesse d’une société. Mais plus encore, pourquoi devrais-je coller à des critères qui devraient m’amener à ne plus être authentique, mais à coller à une norme temporelle ?
Cela ne m’intéresse pas de prendre un nom tibétain pour exercer, ni de porter des vêtements himalayens ou encore de me faire prendre en photo avec des maîtres, pour assoir une image. Ce n’est pas ce en quoi je crois. Je crois que la liberté nous l’acquerrons par le travail intérieur et faire croire aux gens que je suis compétente avec des artifices extérieurs est le contraire de ce que je pratique et enseigne.
Et vous, préférez-vous la simplicité d’être tels que vous êtes ou continuez-vous à vous construire une image acceptable pour les autres, valorisante, qui vous permet de vous maintenir, de progresser, de faire parti… Et si c’est le cas, quel prix payez-vous pour cela ? Cela en vaut-il la peine ? Vous êtes seuls à pouvoir répondre à cette question et faire votre choix. Il n’y a pas de loi extérieure à vous qui vous impose quoi que ce soit, juste des normes temporaires que vous acceptez de suivre. Et vous êtes libres en cela.
La norme, l’image ou l’authenticité. Et peut-être n’est-ce pas incompatible. J’en suis même persuadée. A force d’authenticité, vous imposez une image. L’avantage, c’est que votre image est en accord avec ce que vous êtes profondément.


Christelle Hauteville-Chadorla
Philosophe – Formatrice & thérapeute