D’où viennent nos convictions ? De notre réflexion ? De nos connaissances ? De notre rationalité ? De notre culture ? Nos convictions sont l’agrégation de tout cela et de toutes nos expériences aussi. Nos convictions sont le résultat d’un processus cognitif qui agrège et retranscrit. Peu importe quelles sont nos convictions. Elles ne sont, en fin de compte, que le résultat d’un algorithme interne combinant entrants et sortants. Alors, comment savoir si des convictions sont plus fondées que d’autres ? Que ce soient nos convictions ou celles d’autrui.

Pour ma part, je ne débat plus des convictions des uns et des autres, je les mets toutes sur le même niveau : le fruit du processus cognitif de chacun, de la métabolisation des entrants. Ce qui m’intéresse avant tout, c’est la posture interne de l’émetteur. Depuis où parle-t’il. Depuis les émotions ? Depuis le mental ? Depuis l’égo ? Ou encore depuis le plan duel ? Depuis le plan non duel ? Et encore depuis la vue en une éternité ? Depuis la vue en un vide après la mort ? Et encore depuis un tempérament d’insatisfaction ? Depuis un tempérament d’opposition et de rejet ? Depuis un tempérament de désir de vivre des sensations intenses ? Depuis un tempérament de compétition ? Depuis un autre type de tempérament ?

Si nous voulons sortir des débats stériles qui grandissent dans notre société, des oppositions d’idées, de principes, de valeurs… il faut que les régulateurs et analystes de tout genre mettent simplement chaque interlocuteur en position d’expliciter depuis où ils parlent et d’écouter depuis où l’autre parle. Ainsi nous pourrons enfin créer un espace ouvert, tolérant, mettant en exergue la profondeur et la cohérence d’un discours plutôt que les effets de manche, les affirmations péremptoires et les oppositions systématiques qui ne font que rendre notre société plus violente, plus communautaire et finalement plus intolérante.

Nous sommes devenus intolérants parce que nous ne nous intéressons pas aux fondements essentiels pour l’autre, tant nous sommes happés et égarés par des informations et des affirmations que nous ne comprenons pas vraiment, tant nous sommes préoccupés à répondre plutôt qu’à entendre. Il est essentiel de cesser de prendre des postures de façade censées montrer notre ouverture au dialogue. Il est essentiel d’aller au delà du dialogue quand nos vues profondes sont si différentes comme actuellement.  La multi-culturalité a pris place dans notre société. Avons-nous vraiment pris la mesure de la multi-culturalité ou nous illusionnons-nous encore sur le fait que le dialogue résoudra tout ?

Allez au-delà du dialogue et du débat stérile, c’est enfin faire place aux fondements de l’autre et le mettre en position de pouvoir nous les communiquer. Peut-être pourra-t’il alors cesser de se sentir brimé, incompris, non écouté. Le dialogue ne suffit pas. Il faut aller au-delà pour reconstruire une société multiculturelle consciente et responsable. Pour ériger une société qui éduque ses enfants en tenant compte de toutes les différences, et qui invite ses adultes à enfin respecter l’autre réellement, à faire place à ce qu’il est. Cette démarche pourra alors servir de socle pour une société plus harmonieuse, plus respectueuse, où il devient moins impératif de faire valoir ses droits communautaires, individuels, culturels… Si je me sens entendu et compris, je serai plus à même de me construire individuellement dans un collectif multiculturel. 

Il n’y a pas tant de choses à discuter. Il y a plus de choses à entendre.  En entendant mieux, nous nous entendrons mieux. Pour une société plus respectueuse et incluante.

Christelle Hauteville-Chadorla
www.harmoniecroissance.com