Depuis quelques jours, je parle de cette période actuelle de ma vie au passé, comme si je savais déjà au fond de moi qu’une nouvelle ère est annoncée.
Cette nuit, en rêve, j’ai vu mon corps couvert de fleurs, sans vie, emporté paisiblement par un fleuve. Une partie de moi est morte, a cessé de tenir.
Et pourtant je continue mes activités, professionnelles et personnelles, comme avant. Tout est comme avant. La vie n’a pas disparu. Par contre, une certaine idée de moi s’est dissoute. Une certaine idée de ce que je dois faire, suis sensée faire, souhaite faire.
Dans cette petite mort, tout devient léger, simple, naturel, coulant de source, pour peu que je ne cherche pas à prévoir déjà ce que sera l’après.
Et je fais le lien avec une libération karmique faite en décembre dernier où je me voyais tel un toit rouge de monastère qui ne pouvait rompre, qui ne pouvait céder, qui devait tenir pour continuer à protéger. Car que serait un toit qui ne protège pas ? N’est-ce pas le propre du toit de protéger ? L’idée de toit est indissociable de la protection. Dans cette libération, j’ai accepté de cesser de tenir, de cesser de porter. Le toit s’est craquelé, puis effondré. Le marasme que le toit retenait jusque là, et qui était si lourd à porter, s’est déversé. Je me suis rappelé alors d’une phrase qui s’élevait régulièrement en moi “Je suis fatiguée de tout porter toute seule”. Voilà, je me libérais de cette tendance à tout porter, toute seule. L’idée de protéger n’a pas pour autant disparu, elle a juste cessé de se mettre la pression. Protéger ce qui peut l’être, ce qui veut l’être, ce qui demande à l’être. Et faire juste ce qui est possible, dans la situation. Toujours être là, vigilante, ouverte, bien intentionnée, mais sans pression, sans obligation de réussite, sans peur de l’échec. Sans intention pour celui qui protège et dans la compréhension qu’il n’y a personne qui protège, juste un mouvement de compassion et d’amour qui prend soin de la situation et de l’harmonie de toutes ses composantes.
Au sortir de cette libération karmique, je m’étais interrogée sur les conséquences de ce lâcher-prise. Et si je ne tiens plus, si je ne porte plus à bout de bras mes activités, ma vie, mon époux… comment seront-ils protégés alors des difficultés de la vie, des intempéries, du soleil trop chaud, des émotions trop fortes… ? Le « Je » se cache aussi dans les intentions les plus nobles et les pervertit.
Ils sont désormais protégés par une plus grande douceur, un amour plus libre et plus joyeux, un amour moins contraint, une compassion plus ouverte, une présence plus légère.
« Je » se meurs, les injonctions du « je » avec lui et désormais il y a plus de place pour l’amour, la joie, la quiétude, la compassion, l’acceptation.
Je vous souhaite, je nous souhaite à tous, moins de Je pour plus d’amour et de compassion.


Christelle Hauteville-Chadorla
P
hilosophe – Formatrice & thérapeute

PS : photo prise à Bhuddha Point, Tirmphu, lors d’une transmission de Djé Khenpo Rinpoché, Chef spirituel au Bhoutan.