Thérapies et sagesse bouddhiste

Les thérapies sont-elles réservées aux cultures occidentales avec des représentations du moi / Soi propres à ces cultures ou sont-elles des sous-produits de toutes les cultures, chacune adaptant ses outils thérapeutiques à son terreau culturel, ses représentations de ce qu’est un être, ce que sont les souffrances et les moyens de s’en libérer ? Dans nos sociétés multiculturelles, influencées par l’accès à des connaissances diverses aussi bien psychologiques, scientifiques, anthropologiques et spirituelles, par les flux migratoires (régionales et internationales), par des perceptions différentes de ce qui entraine un être humain à être ce qu’il est… également par des croyances entremêlées souvent non conscientisées, non clarifiées… quand de plus en plus de personnes se créent leurs propres systèmes de croyances par leurs expériences personnelles… il semble approprié, pour respecter chacun dans ce qu’il est profondément, de l’accueillir avec toutes ses particularités, sans vouloir le faire rentrer dans nos cases. L’écoute inconditionnelle et la clarification des interactions entre perceptions, croyances (culturelles, familiales, religieuses, de valeurs…) et expériences vécues sont essentielles pour aider les personnes à se repérer dans cette diversité des possibles, à mettre en lumière leurs propres perceptions, leurs propres pensées structurantes pour révéler leurs croyances intimes, ces tendances profondes qui les poussent à agir, qui colorent leurs intentions et actions et définissent ainsi leurs vies, leurs personnalités et leurs destinées.

La sagesse bouddhiste, pragmatique, concrète, met en exergue les lois du vivant (ce qui nait, tombe malade, souffre, vieillit et meurt). Quand elle est vécue intimement, elle change notre rapport aux souffrances, à leurs causes et aux moyens d’en sortir. Sans être une simple thérapie, car elle est va bien au-delà, elle ne peut pas ne pas influencer les thérapeutes qui l’étudient et la pratiquent, car tout le rapport à la vie et à ce qui constitue un être est perçu, vécu différemment. Comment alors ne pas en tenir compte ? Cette sagesse apporte des voies de libérations de nos souffrances non explorées en occident, complémentaires aux thérapies actuelles. Elle répond à des préoccupations partagées par de plus en plus de personnes. En voici quelques-unes :

  • Causes et conséquences versus pré-déterminisme
    Tout est le jeu de causes et conséquences et cette compréhension transforme notre rapport aux lois implicites et notre besoin de vivre notre chemin par nous-même, dans l’expérience, en développant notre sagesse propre.
  • Liberté intérieure versus normes
    Les normes sociales et culturelles ne sont plus aussi claires, simples pour tous et les personnes en recherche de liberté intérieure visent à s’extraire de ces normes pour trouver leur propre façon d’être, sainement en société, dans le respect de tous.
  • La réalité, une histoire de perceptions / illusions
    L’influence de nos perceptions et illusions sur notre réalité est une compréhension de plus en plus partagée, beaucoup de personnes peuvent désormais remettre en cause ce qu’elles perçoivent et pensent pour déconstruire leurs systèmes de croyances profonds (car la société le fait déjà et ne pas accompagner cela serait dommageable aux personnes prêtes à conscientiser ces processus déjà à l’oeuvre).
  • Responsabilité versus faute
    L’absence des notions de faute et de culpabilité est remplacée par la perte de sagesse et la prise de responsabilité pleine et entière sur ce qui nous arrive, ce que nous avons vécu et ce que nous pouvons faire de différent maintenant que nous avons d’autres connaissances, d’autres compréhensions.
  • Impermanence et idée de Soi
    L’absence de fixité de notre nature propre, de notre personnalité et de notre constitution induites par la notion d’impermanence et de non-soi qui rendent les changements plus accessibles et naturels à bon nombre d’entre nous.
  • Liberté intérieure versus dogmes extérieurs
    L’absence de dogme extérieur, absence amenant naturellement les personnes à leurs vérités intérieures et à la nécessaire clarté d’esprit à développer grâce à la méditation et l’introspection.
  • Continuité et karma
    La compréhension que tout ne remonte pas qu’à notre enfance, mais peut-être avant, dans les causes qui nous ont menées à naitre ici, dans une telle famille, dans un tel environnement, avec tels obstacles ou facilités.

La sagesse bouddhiste, dans ce qu’elle a de plus profond et traditionnel, telle qu’enseignée par Bouddha, est un chemin d’éveil menant à sortir de toutes les souffrances et du cycle des renaissances. Elle repose sur 4 sceaux (tirés du livre « N’est pas bouddhiste qui veut » de Dzongsar Jamyang Khyentsé) :
– Toute chose composée (dépendant de causes) est impermanente.
– Toute émotion est douleur.
– Aucune chose n’existe en et par elle-même
– Le nirvana (l’au-delà de la souffrance) est au-delà des concepts.
Elle propose plusieurs voies, du petit véhicule (la libération pour soi), au grand véhicule (la voie du Boddhisattva), jusqu’au vajrayana (où nous voyons toute chose dans sa nature pure). Les enseignements ont donc dès l’origine été adaptés pour aider le plus grand nombre de personnes, selon leurs états d’esprit, mais toujours avec une vue identique : sortir du cycle des renaissances en prenant conscience de l’ampleur des souffrances et nous extrayant de l’idée de chercher, dans ce cycle des renaissances, des bonheurs illusoires, pour un soi tout aussi illusoire.
La recherche de ces dernières années des Maîtres de redonner une vue de libération ultime aux enseignements bouddhistes est essentielle pour que cette sagesse ne devienne pas un produit de consommation ou des ersatz d’enseignements disparates confondues avec bien-être et développement personnel.

Dans nos formations et thérapies, à Harmonie & Croissance, nous veillons à ne pas contrevenir à ces enseignements profonds, en tenant compte toutefois que nos clients cherchent à comprendre et transcender leurs souffrances et nous nous cantonnons à accompagner les personnes en cela et à les aider à prendre conscience de ce qu’elles ont mis en place pour créer cette souffrance. A elles ensuite, si elles le souhaitent, d’orienter leurs chemins vers l’éveil, ou pas. Cela relève de leurs choix. Ma responsabilité est de faire ouvrir les yeux sur ce qu’elles ont créé et comment elles peuvent transformer en posant maintenant d’autres pensées, d’autres actions, d’autres paroles. Nous respectons leurs libertés de consciences et leurs croyances fondamentales. Nous oeuvrons à mettre de la clarté et de la conscience à l’intérieur. Le reste dépend d’elles.
Cette sagesse peut donc aussi, dans une déclinaison partielle et concrète dans ce monde, servir de terreau à des projets altruistes, des arts… et des thérapies destinées à des personnes ne trouvant pas leur liberté dans les thérapies proposées jusqu’alors, se sentant incomprises, comme si une partie d’elles-mêmes n’était pas vue, pas acceptée, pas autorisée. Elle peut aider à plus de conscience, plus de clarté.

Dans ma compréhension, il est essentiel de préciser sous quelles influences nous pratiquons nos thérapies pour que les personnes soient libres de leurs choix, en conscience, sur la base d’informations claires et fiables. C’est cela l’éthique, la liberté et le respect de toutes les cultures dans notre société. Cela participe à ce que chacun se sente entièrement vu, perçu, et qu’il puisse exister pleinement.

Christelle Hauteville-Chadorla
Formatrice & Thérapeute*

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*vivant à la croisée de deux cultures riches et complémentaires

2019-11-06T10:15:48+00:00