Qu’est-ce qui (re)nait ?

Qu’est-ce qui (re)nait ?

(Bouddhisme – d’après un enseignement de Khandro Rinpoché)

Avec nos actions et nos paroles, nous créons du karma. Ce karma créé deux mouvements dans l’énergie : le mouvement qui mène à agir et le mouvement dormant. Le 1er entraine un passage à l’action, le second est une base de fond, latente, en gestation. Les renaissances sont la conséquence des mouvements dormant de nos perturbations. Bouddha énonce que cette dimension dormante ne cesse de nourrir, avec nos actions, une conscience perturbée et la supposition que quelque-chose existe (croyance en un Soi permanent). C’est cette supposition qui naît encore et encore. Cette conscience perturbée dont nous verrons toute la complexité plus loin, c’est l’idée que nous nous faisons de nous dans cette vie, à ce moment. Parce que nous supposons que cette conscience existe en tant que JE, elle nait encore et encore. Le Je n’ai pourtant que la supposition que quelque-chose de fixe existe, une entité séparée identifiable, JE. Ce qui est faux. Avec nos actions, nous modifions en permanence cette base dormante. La conscience qui s’en élève est donc différente après chaque action. La notion de JE permanent n’a pas lieu d’être, car la conscience change de seconde en seconde. Le JE n’ai que la croyance qu’il y a quelque chose de fixe, mais rien n’est fixe.
D’où le formidable potentiel de changement de l’être humain, grâce à ses actions. Rien n’est prédéterminé, tout est conséquence. En posant des actions différentes, nous modifions la base dormante (karma introducteur) et la conscience qui en émerge.

Un nouvel être n’est « que l’assemblage » de 5 éléments (constitution physique) et de cinq agrégats[1](constitution « psy ») :

  • l’agrégat de la forme correspond à la dimension physique : le corps, les cellules parentales et tous les phénomènes d’ordre physique. Cet agrégat comprend les cinq éléments fondamentaux (terre, eau, air, feu, espace / ether), leurs différents états et leurs dérivés. Les dérivés sont les appareils sensoriels (la vue, l’ouïe, l’odorat, l’olfaction, le toucher) et leur correspondance dans le monde (les formes visibles, les sons, les odeurs, les goûts, le contact des objets avec le corps) ainsi que les formes non révélées (pensées, idées). Le domaine entier de la matière (intérieure ou extérieure) est englobé dans cet agrégat de la forme / matière.

Les quatre autres agrégats correspondent à l’esprit, au niveau du mental, à la dimension « psy » ou esprit soumis aux perturbations.

  • Les sensations : sensations corporelles ou mentales, agréables, désagréables ou neutres. Ces sensations sont de six catégories : celles issues du contact de la vue avec les objets visibles, de l’ouïe avec les sons, de l’odorat avec les odeurs, de l’olfaction avec les goûts, et l’organe mental avec les pensées.
  • Les perceptions : représentations mentales ou perceptions ou notions (reconnaissance, identification et discernement des choses dont on fait l’expérience). L’agrégat des perceptions correspond à l’identification conceptuelle ou non conceptuelle des sensations de six catégories, de façon faible, étendue ou incommensurable. Il y a six sortes de perceptions correspondant aux six sortes de sensations et en relation avec nos six facultés sensorielles. Ce sont les perceptions qui reconnaissent les objets extérieurs ou mentaux.
  • La volition ou formations karmiques (Samskaras) ou facteurs de composition : automatismes habituels de pensée avec sentiment, perception et action. Toutes les forces conditionnantes, les impulsions issues du karman passé qui nous poussent à fabriquer nos conditions karmiques actuelles et à venir.  Cet agrégat comprend les formations mentales et les actions. Il y a en effet un lien entre les formations mentales (volontés ou volition) et les actions qui ont une influence karmique. C’est ce qu’on appelle les actes volitionnels. La volition est l’activité mentale qui dirige nos actes. Selon leur portée mauvaise, neutre ou bonne, l’action volitionnelle entraîne un bon ou mauvais karma. La volition a six formes, tout comme les six sensations et les six perceptions, cependant les sensations et les perceptions n’ont pas d’effet karmique. Seules les actions volitionnelles ont un effet karmique.
  • La conscience (6 consciences des sens) : elle réunit les informations des 4 autres agrégats. C’est le « connaisseur » qui se place toujours dans la perspective dualiste d’un « connaisseur-sujet » qui prend conscience d’un « objet » et s’y relie. Cet agrégat comprend les états de la conscience qui ont pour origine les facultés sensorielles et l’organe mental (pensées) et pour objet les formes du monde physique (sons, odeurs, etc.). Par exemple, la conscience visuelle a pour origine l’œil et pour objet la forme visuelle. La conscience mentale a pour origine l’organe mental et pour objet l’idée ou la pensée. Il faut préciser que la conscience n’est pas une entité permanente, qui serait à l’opposé de la matière. Le bouddhisme montre qu’il n’y a pas de “soi” permanent, la conscience a pour cause la condition à cause de laquelle elle prend naissance, elle n’a pas d’existence propre ou de “soi” permanent. Par exemple, ayant pour causes l’œil et une forme visible, se manifeste la conscience visuelle.

Dans la méditation, les cinq agrégats peuvent être un support, notamment comme antidote contre l’égo ou l’orgueil. En méditant sur le fait que nous ne sommes que constitués par ces cinq agrégats en mutation permanente, notre croyance illusoire en un Soi fixe, en une entité séparée, se dissout.

=> Sous un autre angle, un être incarné est le contenant temporaire de 8 consciences (école Yogacara – Mahayana)

  • Les 5 consciences des sens
    • Conscience visuelle
    • Conscience auditive
    • Conscience olfactive
    • Conscience gustative
    • Conscience kinesthésique
  • La conscience mentale  (Manovijniana) : fonctionne un peu comme la 7èmeconscience, souvent voilée par nos illusions. Mais sans voile, elle peut aussi voire les choses directement et discerner clairement.

Ces 6 consciences sont intermittentes. Elles sont en berne durant le sommeil par exemple, et certains comas.

  • 7ème conscience (Manas) : la conscience souillée. Elle s’appuie sur la 8èmeconscience et la saisie. Elle comprend nos croyances, notre entendement, notre façon de concevoir le monde. Pour ne pas saisir, il est indispensable de rester avec ce qui s’élève, tel un observateur : regarder, comprendre et lâcher.
  • 8èmeconscience (Alayavijniana) : La conscience non souillée. Aussi Conscience de la conscience ou conscience supérieure. Elle engrange les graines karmiques et les Samskaras. C’est de cette 8èmeconscience qu’émerge la croyance en un Soi et l’attachement au Soi. Ce sont les fondements de cet état de conscience qui renaissent : samskaras, souvenirs / mémoire, impressions variées.

Qu’est-ce que la Conscience Purifiée ? Le retournement de la 8èmeconscience et alors l’éveil.

Des perturbations de la 8èmeconscience à la (re)naissance

La conscience perturbée, issue de la base dormante ci-dessus mentionnée, croit donc que quelque-chose existe, ce qui donne une impulsion dans l’énergie de vie et lance le processus de vie, commençant par la naissance.
Cette conscience perturbée va générer les 5 agrégats qui vont  intégrer une matrice qui donnera un fœtus. En fonction de son niveau de clarté (perturbée / éveillée), la conscience entrera dans une matrice déterminée avec plus ou moins de clarté. Soit son karma négatif est très fort et obscurcissant et elle est emportée sans possibilité de choix (l’impulsion la dirige vers un monde et une expérience de vie correspondante à son karma). Soit cette conscience est éveillée, et elle choisit la matrice et l’expérience de vie à faire.

Dans la base, l’énergie de vie, un tourbillon se forme qui se densifie jusqu’à la matière du corps physique. Le corps physique est moulé dans l’aura.

Détermination de la constitution physique et mentale

La conscience qui s’incarne a des qualités qui lui sont propres, toutes sont la conséquence des actions menées par cette conscience (ou ces consciences agglomérées). Une conscience ayant déjà fait l’expérience de la musique à un haut niveau génère un corps avec une oreille absolue (ou presque). Une conscience ayant déjà beaucoup médité, acquis de sagesse et pratiqué les vertus aura un corps en bonne santé, lumineux et une bonne compréhension des choses. A l’inverse, une conscience plus habituée aux actes non vertueux aura un corps sujet aux maladies, à l’aspect sombre avec une certaine rigidité d’esprit. Les maladies trouvent leurs causes dans l’esprit et notamment dans l’esprit dit souillé (perturbations / karma ). Un esprit éveillé (donc sain, dans le sens sans impureté) ne connaît pas la maladie (version simplifiée).

L’œuf ou la poule ?

Si nous regardons le principe de vie d’un point de vue physique, le corps engendre la conscience via le cerveau.

Si nous regardons le principe de vie d’un point de vue bouddhiste, les samskaras ou facteurs mentaux issus de la 8èmeconscience qui conserve tout par attachement et ignorance engendre les 5 agrégats de la forme, sensation, perception, volition et conscience, ces 5 agrégats créés un corps par le désir de revivre,  via l’énergie de vie universelle.

Du fait que la base de tout est énergie de vie, toute impulsion prononcée (une envie, un désir, un souhait, une vision…) deviendra réalité. Plus l’impulsion est forte, plus sa matérialisation sera forte. Plus je crois que tu me déteste, plus l’énergie de vie donnera vie à cette croyance. Plus je développe l’amour et la compassion, plus l’énergie de vie donnera vie à l’amour et la compassion.

C’est la loi de cause à effet, la loi d’attraction. Sur un plan plus subtil, c’est la loi du karma.

 

5 agrégats, 8 consciences et karmathérapie

En karmathérapie, l’égo ne nous intéresse pas, il n’est qu’une illusion découlant de la croyance en Soi, base des souffrances et des renaissances. L’être en face de nous est un assemblage de plusieurs consciences plus ou moins subtiles et d’agrégats. Nous regardons comment ces consciences fonctionnent, ce qui les met en action, les motive, les pousse à réagir et quelles orientations elles prennent quand elles agissent. Nous orientons donc notre regard sur :

– la forme, les formes sont informations : le corps et la forme (attitudes physiques, habillement, façon de s’asseoir…) vous en disent long sur ce qui est en train de se jouer en eux

– les sensations que vous demandez à votre client de décrire lors des hypnoses et régressions, le plus finement possible, sont une source extraordinaire d’informations sur les souffrances de base à l’oeuvre dans son continuum de conscience (colère / aversion, avidité / avarice, ignorance / opacité mentale, désir / attachement, jalousie / compétition, orgueil / chérissement de soi).

– les perceptions vous informent sur la façon dont ce continuum de conscience se interprète le monde, la vie et donc sur la nature des karma à l’œuvre.

– les volitions et formations karmiques (Samskaras) vous emmènent directement dans le monde de votre client, de ses intentions, souhaits, de ce qui pousse en avant.

– Les consciences vous montrent ce qu’il se raconte sur lui, sur ce qu’il a comme perspective, sur ce qu’il croit être moi et le pousse à renaitre encore et encore.

Associés à la compréhension des 6 souffrances (kleishas) et des 6 paramitas (qualités transcendantes), vous avez une lecture subtile de votre client et pouvez l’aider à voir en lui les karmas en jeu et trouver les remèdes

 

Christelle Hauteville-Chadorla
Karmathérapeute, Coache spirituelle, Formatrice Reiki et Karmathérapie

[1]Assemblage hétérogène d’éléments qui adhèrent solidement entre eux

2018-11-14T12:55:32+00:00